Retour de lecture pour : La Montage est Jeune, H. Suyin

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.

L’auteur : Paru en 1958, The Mountain is Young (sa traduction en français, La montagne est jeune, est de l’année suivante) se déroule au Népal. Bien qu’entièrement imaginaire, l’action du livre est la transposition littéraire du vécu de l’auteur dans les derniers moments de son mariage avec l’Anglais Leonard Comber et lors de sa rencontre avec le colonel de l’armée indienne Vincent Ruthnaswany, son troisième et ultime mari.
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4e de couv : Décor Katmandou, les pics éincelants de l’Himalaya, la civilisation médiévale du Népal qu’Anne Ford, épouse d’un ancien fonctionnaire colonial anglais, découvre avec passion. Elle n’a pas d’enfant et son mari l’ennuie.
Au lieu d’écouter les ragots des exilés anglais, elle se tourne vers la population du Toit du Monde. Le couronnement du roi du Népal approche. Chacun attend l’arrivée d’Unni Menon, l’ingénieur indien responsable de la modernisation du réseau routier. Anne le regarde et découvre qu’il est beau.
Comment réaliser le miracle d’être ensemble ? Il y a John, l’époux aigri, la médiocrité des fonctionnaires racistes qui critiquent la conduite d’Anne, un travail de sape qui portera ses fruits…
La Montagne est jeune est un superbe roman d’amour. Han Suyin y pose le problème de la mentalité européenne confrontée à l’immensité de l’Asie, sujet qui a animé toute sa vie.

Retour de lecture : Avant de commencer à vous parler de ce livre j’aimerai vous situer son contexte dans ma vie, parce que ce retour de lecture ne pourra jamais être objectif à cause de cela.
J’avais un ami très cher à mon coeur, Kazo, et c’est lui qui m’a conseillé ce livre, je l’ai donc acheté il y a 10 ans (10 ans, 1 mois et 4 jours exactement) sur ses conseils… prise par la vie alors je ne l’ai pas lu de suite et, à cette époque, ma pile de livre en attente était assez considérable… Et puis un jour, il y 8 ans de cela, j’ai appris son décès brutal. Ce décès m’a marqué et je n’ai pas ouvert ce livre, parce qu’il était un bout de lui, un bout de mon Kazo… Ne pas le lire, c’était un peu le garder avec moi… Entre temps la vie a fait son oeuvre, je me suis transformée, j’ai vécu ce que j’avais à vivre et j’ai commencé à lire ce livre en début d’année, j’ai fait traîner parce que le lire c’était lui dire au revoir et ça été tout à la fois merveilleux de voir ce qu’il m’avait légué et très dur de le laisser partir.
Ce retour de lecture sera donc totalement et absolument partial !

L’écriture est simple mais détaillée, fouillée, on a le sentiment que chaque mot a été réfléchi minutieusement… Ce roman fait 900 pages, c’est un parcours initiatique sur la découverte de son moi authentique en tant que femme, de l’amour vrai, de l’amour inconditionnel. Ce roman nous propose une héroïne au stade de la chenille et nous la voyons se transformer, au fil des pages, en un magnifique papillon.
Le début peut sembler assez ennuyant tout comme l’est la vie de Anne. Un fastidieux passage en revue des différents protagonistes, du contexte politico-culturel et des convenances qui régissent tout ce petit monde pour les maintenir dans leur fragile pseudo-équilibre. Puis la vie commence à s’agiter en Anne et le roman et l’écriture évolue, le rythme devient plus rapide à mesure que notre héroïne sent les passions renaître en elle.
Anne fait figure d’ovni dans un monde colonial aseptisé, mort-vivant, qui réprime ses passions et ses pulsions pour la bienséance. Le Népal lui propose une alternative avec un peuple qui assume pleinement tout une palette d’émotion, de désirs et de passions dans un délire de couleurs et de formes en tout genre.

C’est au milieu de ce contraste culturel, que la nature libre sous-jacente de Anne se révèle et se réveille, farouchement indépendante, elle se libère petit à petit de tous les carcans qu’un mari parfaitement formaté tendait à lui imposer. Au contact d’Unni, elle découvrira sa nature féminine, ses contradictions, l’intériorité qu’elle avait si longtemps réprimé. Cette introspection est retranscrite parfaitement par l’auteur, on ne peut que ressentir le vécu. Il faut aimer analyser les sentiments et plonger dans les profondeurs de l’être pour apprécier ce roman car c’est de cela qu’il s’agit, c’est le sujet principal, il n’est pas question que d’une vague histoire d’amour, mais bien de ce que l’amour invite à faire comme travail personnel sur son moi intérieur, jusqu’à accéder à l’amour inconditionnel, celui où l’on s’est libéré des conditionnements pour accepter l’autre dans son entièreté sans l’attacher par nos propres insécurités.

Les analyses sont pointues, pertinentes, Han Suyin n’oublie pas les doutes et les peurs, il n’y a pas de complaisance ni d’idéalisation des sentiments. C’est un processus honnête, une mise à nue de l’âme féminine qu’elle propose. Les évènements du roman ne font que les mettre en scène, les stimuler, les éprouver et ce jusqu’à l’aboutissement du processus de transformation.
C’est un très bon roman, l’écriture est psychologiquement très aboutie, très réfléchie. Le mental analytique et l’émotionnel sont fouillés minutieusement. C’est un très beau roman de développement personnel bien que cela n’est probablement pas été l’objectif premier.

Au-delà de la qualité certaine de ce roman, j’avoue avoir été très émue à la lecture de ce roman, j’ai le vif sentiment que mon ami avait vu avec lucidité et clairvoyance la personne que je serai aujourd’hui, car je ne suis pas certaine, qu’il y a dix ans, j’aurai été capable d’en saisir toute la portée. C’est un beau cadeau au-delà des mots et en même temps c’est assez perturbant de se dire qu’une personne puisse nous voir avec tant d’acuité qu’elle nous connaît mieux que nous-mêmes ou perçoive en nous notre potentiel de transformation.

Etant totalement partiale pour ce qui concerne cette lecture, je mets la mention Coups de coeur, je pense que vous comprendrez aisément pourquoi…

 

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