Retour de lecture pour : L’évangile du serpent, Pierre Bordage

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.

L’auteur
Pierre Bordage, né en 1955, est l’un des plus grands romanciers français. Il s’est imposé dès 1993 avec la trilogie des Guerriers du silence et a depuis publié une quarantaine d’ouvrages qui lui ont valu de nombreux prix littéraires : Grand Prix de l’Imaginaire, Prix tour Eiffel de science-fiction, Grand Prix Paul Féval de littérature populaire, Prix Bob-Morane…
Son oeuvre empreinte d’humanisme s’inspire des épopées et des mythologies universelles et lui vaut un immense succès auprès d’un public vaste et fidèle.


4e de couv
Jeune Indien d’Amazonie élevé en Lozère, Vaï Ka’i incarne la sagesse du serpent double, symbole chamanique de l’ADN. Il prône l’abandon des possessions, le respect de la Terre et accomplit des miracles.
Quatre évangélistes, Mathias, tueur à gages, Marc, journaliste désabusé, Lucie, strip-teaseuse sur le Net, et Yann, premier disciple, racontent celui que la presse surnomme le Christ de l’Aubrac…
Un grand roman contemporain humaniste et une aventure littéraire inoubliable.


Retour de lecture
 
Il s’agit là de mon premier Bordage et la première chose qui m’a marqué c’est le style de cet auteur. Un style qui s’adapte si parfaitement aux personnages qu’il présente, un talent pour décrire des impressions et des sentiments, qu’on vit ce que les protagonistes vivent et ressentent avec un réalisme cru qui parfois colle à la peau et peine à nous quitter.

Nous suivons quatre profils au parcours chaotique qui vont finir par se regrouper autour du personnage central par alternance de paragraphe. A travers leurs souffrances respectives, leurs errances, leurs choix, c’est un parcours initiatique qui nous est proposé, une quête de l’essentiel, de liberté, de retour au soi…

« Les grandes civilisations, les fruits de l’orgueil humain, finissaient toutes par pourrir et tomber en poussière. Et celle-ci, la plus orgueilleuse, la plus insensée de toutes, celle que l’homme qualifiait de moderne, de progressiste, d’ultime, n’échapperait pas à la règle.

L’auteur sait y faire, on ne sait pas bien où l’on va au début de la lecture, on pressent que la noirceur décrite parfois de façon très crue n’est pas gratuite et nous guide vers quelque chose de profond qu’on ne peut que vaguement deviner.
Puis petit à petit, une certaine philosophie, une certaine spiritualité exempte de religion se dessine.

« L’Occident refuse le partage parce qu’il est dominé par l’idée de fragmentation, de division.

Ce roman de Bordage est un livre à citation, un livre qui l’air de rien vous fait réfléchir à tout ce qui constitue nos sociétés, nos modes de vie, nos façon de vivre nos relations. C’est un appel à la conscience déguisé en livre banal, et, sauf si la remise en question n’est pas votre truc, il est difficile de passer à côté, d’autant que bien qu’écrit en 2001, il est toujours d’une actualité frappante.

« Un homme conditionné par la peur est attentif aux arguments des marchands du temple, des manipulateurs de la nature. La recherche forcenée du profit n’a pas d’autre explication, pas d’autre justification, que la peur. 

Bordage nous offre ici une réflexion sur la société, la religion, et les valeurs humaines qui nous guident ou non, sur cet essentiel auquel nombreux d’entre nous ont renoncé au profit d’un mouvement de groupe sociétal qui éteint notre individualité et notre liberté, parfois même notre humanité. Une belle réflexion enfin sur la spiritualité même et ce pouvoir personnel  que nous offrons trop souvent au dernier qui a parlé.

Un livre qui nous rappelle d’user de notre esprit critique en toutes circonstances et de ne pas oublier l’essentiel dans nos vies. Ce blog n’est pas mon blog à visée spirituelle mais cette lecture satisfera, je le pense, toutes les personnes qui s’intéressent aux nourritures de l’âme.

« Cette cathédrale est, comme toutes les autres, un hymne à la gloire des hommes, une affirmation de leur puissance. Ou de leur sentiment de puissance. S’ils avaient vraiment voulu rendre hommage à leur Créateur, ils auraient respecté leur jardin, ils auraient découvert une cathédrale dans chaque arbre, en chaque buisson, en chaque brin d’herbe, en chaque animal, en chaque être humain.

Un roman incontournable de Bordage, j’ai hâte de lire la suite de cette trilogie et de commencer Les Guerriers du Silence qu’un blogopote m’avait chaudement recommandé…

Ma note finale est un gros gros coup de coeur

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