Retour de lecture pour : Tomber sept fois se relever huit, Philippe Labro

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.

4e de couv. :  » C’est arrivé subrepticement, sournoisement, sans prévenir, une vraie saloperie, une lente et insidieuse pénétration. Je suis l’esclave d’une chose indéfinissable qui est en train de me détruire et je lui obéis sans aucune résistance.  »  » Quelque chose a changé.  » Ce  » quelque chose  » n’est autre que le début de la plongée dans une dépression nerveuse dont le célèbre romancier a été victime.

Dans un récit vécu, sans fard ni concession, l’auteur de La traversée raconte ce que signifie perdre le désir, l’énergie, la passion, l’estime de soi. Avec un style intime, conduit par le souci authentique de restituer  » cette tristesse sans larmes « , et de  » dire comment c’était « , selon la formule de ses maîtres en écriture, Hemingway et Hugo, Philippe Labro évoque les effets de  » la broyeuse  » qui vous ronge le ventre.

Mais ce témoignage unique, porté par le souffle de l’écriture, constitue aussi une éclatante affirmation de la force de la vie et de l’amour.


L’auteur : Philippe Labro, né à Montauban, part à dix-huit ans pour l’Amérique. Etudiant en Virginie, il voyage à travers les Etats-Unis pendant deux ans. A son retour, il devient reporter à Europe N° 1 puis grand reporter à France Soir. Il fait son service militaire de 1960 à 1962, pendant la guerre d’Algérie. Il reprend ensuite ses activités de journaliste (Le Journal du Dimanche, RTL, Paris Match, TF1 et A2) en même temps qu’il écrit et réalise sept longs métrages pour le cinéma. Il est directeur des programmes de RTL, de 1985 à 2000.

Il a publié chez Gallimard Un Américain peu tranquille (1960), Des feux mal éteints (1967), Des bateaux dans la nuit (1982). En 1986, L’étudiant étranger lui vaut le prix Interallié. En 1988, Un été dans l’Ouest obtient le prix Gutenberg des lecteurs. Après Le petit garçon en 1991, Philippe Labro publie Quinze ans en 1993, puis en 1994 Un début à Paris, qui complète le cycle de ses cinq romans d’apprentissage. En 1996 paraît La traversée, un témoignage qui connaît un succès considérable, suivi en 1997 par Reculez-vous au Colorado. En 1999, Philippe Labro fait parler Manuella. En 2002 est édité Je connais des gens de toutes sortes, recueil de portraits revus et corrigés, et en 2003, un nouveau témoignage, Tomber sept fois, se relever huit.


Retour de lecture : 

Me revoilà ! Non, je n’avais pas disparu, j’étais seulement happée par le travail de fin d’année, le drame de n’avoir que deux bras et une tête… Vive le don d’ubiquité, hélas papa noël n’a pas jugé bon de me l’apporter en cadeau cette année encore…

Mais revenons à ce retour de lecture… Il s’agit ici de mon deuxième Labro, le premier étant La traversée.

C’est un défi de traiter le sujet de la dépression… Sujet hautement intime et tabou, notamment dans les sphères sociales de l’auteur, il nous livre ici pourtant un portrait sincère et poignant, sans concession, sans fard…

« La vie lui avait appris ca, sa vie. La mort prématurée de sa mère, la disparition trop rapide de son père lui avait appris, encore plus qu’à moi, l’impermanence et la précarité de toute chose.

Dans cette plongée dans les abysses mentales et émotionnelles, l’auteur se montre dans la nudité de la dépression, on retrouve ici son talent de description, le soucis de l’émotion juste et métaphorisée à loisir pour expliciter les ressentis. C’est remarquable de justesse, difficile de rester insensible à cette descente aux enfers quand on l’a vécu ou quand des proches ont été touché.

« Le déprimé est fondamentalement un égoïste, autocentré, il ne s’intéresse qu’à sa maladie, il est incapable de se mettre à la place des autres. Il ne connaît plus l’affection. Il est même, d’une certaine façon, amoureux de sa propre dépression. Il ne parle que de lui. S’il se met à parler aux autres, c’est qu’un chemin s’est amorcé. 

Il y a finalement peu à dire sur cet ouvrage si ce n’est que le récit repose entièrement sur le talent d’écrivain de l’auteur et qu’il faut du courage pour coucher ce témoignage sur le papier…

« A, c’est la première lettre de l’alphabet, la plus ouverte des voyelles, l’élément du latin ad marquant le but à atteindre – à elle seule, la lettre fait plus de mille pages dans le dictionnaire. Et sans doute plus de quatre mille mots de notre belle langue. Mais amour suffira, puisqu’il détermine les deux autres sentiments : l’amitié et l’aide.

Certains trouveront peut-être l’occasion de critiquer un parcours de « nanti », cela resterait pourtant regrettable de ne pas se focaliser sur l’élément humain, sa force et sa fragilité, autant d’éléments qui nous rendent tous égaux et qui font la valeur de ce livre.

Ma note finale est 14/20

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