Retour de lecture pour : Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.


Retour de lecture : 

Ceci est mon premier Malzieu et quelle claque ! Je suis probablement tombée sur celui qui avait le plus la capacité de me bouleverser puisque la thématique me touche particulièrement. D’ailleurs, je vous avoue avoir versé ma petite larme et avoir dû lire ce livre en plusieurs fois…

Les livres sont des accessoires non-accessoires pour se battre contre la nuit éternelle. Ils dorment dans mes poches, je ne les réveille que pour les prêter quand quelqu’un semble en avoir besoin.

C’est un court roman comme je les aime, puissant, efficace, émotionnellement profond…
Une oeuvre à citations tant la prose poétique creuse son chemin dans les blessures de l’âme pour les mettre en résonance. C’est une pépite d’onirisme qui mêle la sombre et froide réalité de la perte et la puissance créatrice de l’esprit pour guérir…

J’ai ressenti la même chose avec ce roman qu’avec Le Violon de Anne Rice, ce livre est  un court, mais intense, parcours initiatique, celui du deuil, celui qui nous impose de choisir entre « mourir avec » ou « vivre avec », je vais donc me répéter car je ne saurai mieux le formuler, c’est un roman exutoire, un exorcisme du deuil, un bannissement du chagrin, un choix entre vivre et mourir.

Le ruisseau traverse le village. Il connaît tous secrets celui-là. J’en ai pêché des rêves en sortant de l’école, des rêves à la grenouille, puis avec des filles allongées dedans. Ils avaient bon goût tant que je tenais ta main. Je pouvais rêver tranquille, faire semblant de m’envoler, crier, marcher de traviole, ralentir-accélérer, sur le chemin qui nous ramenait à la maison. De toute façon tu me tenais, c’est un boulot de maman et je l’avais bien compris.

Le géant est un pendant attendrissant et attachant de l’inconscient du personnage principal celui qui cherche à vivre malgré la douleur, l’instinct de survie qui s’exprime, la résilience à l’oeuvre.

L’écriture est merveilleusement imagée, musicale, envoûtante, elle nous embarque dans le vide du deuil, dans ce monde aseptisé, vide de sens et froid et dans la tentative de l’esprit de trouver à quoi se raccrocher… Les émotions sont criantes de réalisme, la psychologie du personnage est cohérente, cela correspond réellement au processus de deuil…

L’humour renforce le tragique de la situation, c’est un humour du désespoir, un rire jaune devant la mort où seules les saveurs acide et amère ressortent, cela ne fait que renforcer l’empathie que le lecteur porte au protagoniste, il baigne dans l’intimité de sa blessure émotionnelle et la partage…

On sait pas quoi en foutre de tout cet amour dans les yeux des gens, des fleurs et des bondieuseries à la pelle. Ils sont tous venus déguisés en cadeaux sombres. Les hommes encostardisés, moi le premier, les femmes endimanchées pour la mort. On peut dire que c’est pour toi, on peut dire ce qu’on veut, mais reste la mort et rien d’autre.

En conclusion, un petit roman pépite que je recommande à ceux qui aiment les émotions profondes et les cheminements émotionnels complexes…

Disponible ici

Pour aller plus loin…

4e de couv. :  » Comment on va faire maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu’est-ce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu’est-ce qui se passe pour toi là ? Du rien ? Du vide ? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort ? « 

Mathias, une trentaine d’années mais une âme d’enfant, vient de perdre sa mère. Sans le géant qu’il rencontre sur le parking de l’hôpital, que serait-il devenu ? Giant Jack, 4,50 mètres,  » docteur en ombrologie « , soigne les gens atteints de deuil. Il donne à son protégé une ombre, des livres, la capacité de vivre encore et de rêver malgré la douleur… Il le fera grandir.

Mathias Malzieu nous entraîne dans un monde onirique, intimiste et poignant, dans la lignée d’un Lewis Carroll ou d’un Tim Burton.


L’ auteur : Mathias Malzieu est né en 1974 à Montpellier. Après une carrière avortée de tennisman et des études de cinéma délaissées au profit de la musique, il devient une figure phare du rock français avec le groupe Dionysos, pour lequel il écrit, compose et interprète les chansons. Amateur de sensations fortes (longboard, surf ou saut à l’élastique), ce sont en grande partie ses impressionnantes prestations live qui l’ont propulsé sur le devant de la scène.
Peu enclin à choisir entre sa vocation de chanteur déjanté et celle d’auteur décalé, c’est tout naturellement qu’il décide de mêler les deux, en rédigeant un recueil de nouvelles, 38 mini westerns (avec des fantômes), un émouvant roman autobiographique (Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi) puis La Mécanique du cœur (énorme succès critique et populaire en cours de publication dans 20 pays), ainsi que sa bande originale éponyme, qui deviendra en 2012 un film d’animation produit par Luc Besson. Son dernier roman, Métamorphose en bord de ciel, paraît aux Éditions Flammarion.


Des lectures similaires ? Je vous propose :

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Rien que des sorcières de Katherine Quenot

Tomber sept fois, se relever huit de Philippe Labro