Retour de lecture pour : Black Mambo, Morgane Caussarieu, Vanessa Terral et Sophie Dabat

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.


Retour de lecture : 

J’ai eu l’immense chance d’avoir ce livre gratuitement aux Editions du Chat Noir grâce à l’opération 9 3/4, vous même vous savez, amoureux du livre, qu’un livre gratuit c’est de suite noël, ça l’est d’autant plus si le contenu vous plaît… et c’est bien le cas.
J’ai croqué ces nouvelles en moins de temps qu’il faut pour le dire…

Tout d’abord, je dois dire que j’ai grandement apprécié que, si ce recueil tourne autour de la même thématique générale, les autrices nous propose trois types de magies africaines différentes. L’intérêt du lecteur reste ainsi aiguisé de nouvelles en nouvelles.

L’ivresse du Djinn de Vanessa Terral

J’apprécie tout particulièrement cette nouvelle pour sa thématique sur l’occultisme d’Afrique du Nord, c’est une thématique relativement peu explorée en littérature comparée aux autres.

Son âme ne serait plus de ce monde pour s’en soucier. La jeune femme essayait de ne pas trop penser à ce qui viendrait après. Par son acte, elle se fermerait les portes du Paradis. Resterait alors l’Enfer. Elle avait déjà connu ses flammes -l’azîma du saint homme revenait la hanter, parfois, dans le silence. Elle espérait, sans trop y croire, qu’elles seraient moins vives que dans son souvenir. Peut-être que Satan comprendrait ses raisons et aurait pitié ? Elle ne comptait pas là dessus : après tout, il était un mâle, lui aussi.

Dans cette nouvelle, l’écriture fluide de Terral nous immerge dans la vie de Leila jeune mariée possédée par un Djinn. L’horreur du quotidien qu’elle vit fait concurrence à l’horreur surnaturelle mise en scène. J’ai vraiment apprécié la plume de l’autrice et sa façon de mettre en exergue l’horreur de la violence quotidienne au sein d’une relation malsaine accentuée par la banalité et l’indifférence de la structure familiale gravitant autour. J’ai beaucoup aimé cette morale déviante sous-jacente et suggérée à la fin, comme une fatalité qui voudrait que quoiqu’il arrive on ne fait que troquer une cage pour une autre et un bourreau pour un autre… L’autrice nous offre de jolis moments poétique au milieu de l’horreur ambiante, le contraste est une réussite.

La danse éternelle des roseaux de Sophie Dabat

J’ai adoré la thématique de cette seconde nouvelle qui nous fait voyager entre Marseille et le Swaziland, pour autant, j »ai trouvé le rythme assez inégal et certaines facilités dans la narration m’ont fait relâcher l’attention et me détacher de l’histoire… C’est peut-être la nouvelle qui souffre le plus de son format car l’intrigue était vraiment super bien pensée, j’aurai aimé la lire en roman car elle en avait bel et bien le potentiel…

Il avait l’expression d’un saurien préhistorique qui n’aurait pas évolué depuis des siècles, des millénaires, et n’envisage son environnement qu’en termes de proies, de chasse, de territoire. Aucune étincelle n’éclairait ses pupilles. Seuls restaient l’avidité, l’appétit, la puissance qui demeuraient les uniques sentiments de ce vieux cœur noir.
Et dans ce masque de chair sombre couvert de sang, un tel regard était terrifiant.

Reste cependant qu’on a une héroïne qui est une survivante, qui ne s’en laisse pas compter et qui représente tout à fait le genre de personnage féminin que j’aimerai rencontrer plus souvent dans mes lectures. J’ai apprécié la fin qui change de ce que l’on a coutume de rencontrer où généralement tout se résout presque comme par miracle.

Les enfants de Samedi de Morgane Caussarieu

Caussarieu maîtrise toujours aussi bien la Nouvelle-Orléans et les bayous mais qui en doutait ? J’ai adoré retrouver son écriture sans concession mais j’ai hélas trouvé qu’elle cédait à la facilité et à la provocation dans cette nouvelle…et j’ai trouvé la fin bâclée… ni plus ni moins… Mais comme pour la nouvelle précédente, il s’agit là, à mon sens, d’un défaut lié au format, il suffit de lire Je suis ton ombre pour comprendre à quel point elle maîtrise sa plume et ses univers donc je pardonnerais volontiers ces petits bémols et les troquerais conte le plaisir de l’avoir lu mettre en scène Baron Samedi entre autres…

– On lui donne plusieurs noms et incarnations : Papa Gédé, Baron Lacroix, Baron Cimetière… Il est connu pour être obscène, lubrique, menteur, alcoolique et tricheur, mais il n’est pas entièrement mauvais pour autant. Certains le trouvent plutôt drôle – je pense que ça dépend de ton sens de l’humour – et il lui arrive de guérir les gens malades, au seuil de la mort, surtout les enfants. Il ne supporte pas de voir des vies si innocentes s’éteindre.

Les défauts de chaque nouvelle tient essentiellement au format choisi, c’est plus difficile qu’on l’imagine d’être limité dans la longueur, c’est difficile de traiter tout un nœud narratif en si peu de pages et encore moins de tout dévoiler sans faire de faute de rythme… je n’irai donc pas critiquer, c’est juste un constat.
Malgré ce bémol, j’ai très hâte de retrouver Caussarieu dans un autre de ses romans et j’ai bien hâte de découvrir un roman de Terral et de Dabat , chacune a sa façon ont su créer l’horreur avec talent notamment celle de la violence quotidienne. Je leur reconnais également à toutes les trois un talent descriptif certain.
In fine, ce que j’ai le plus apprécié, avec le recul, ce sont les sujets traités qu’on ne retrouve pas si souvent… le viol conjugal, les femmes qui ne sont pas faites pour le mariage, les violences religieuses et étatiques, le sida et tout ça à travers des femmes blessées mais fortes, indépendantes, puissantes parfois, des femmes qui savent trouver leur chemin dans la vie sans nécessairement avoir besoin de l’aide d’un preux chevalier… C’est rafraîchissant et ça fait un bien fou de lire tout ça…

En conclusion, c’est un bon recueil horrifique très plaisant, j’ai passé un excellent moment à voyager dans ces trois cultures magiques différentes malgré les bémols que je peux avoir et dont il semble que je sois à peu près la seule à les avoir en regard des autres chroniques…
Je recommande sa lecture si vous aimez l’horrifique de sorcellerie musulmane, de vaudou de Louisiane et d’Afrique noire ainsi que si les vampires, les entités et les déités vous passionnent. Ces trois autrices ont du talent à n’en pas douter…

Pour public averti uniquement. Chaque nouvelles comportent des scènes violentes qui peuvent heurter les sensibilités.

Ma note finale est donc un 16/20

Disponible ici

Pour aller plus loin…

4e de couv. : Il existe des territoires où le progrès n’a pas encore éradiqué les vieilles croyances et leurs pratiques. L’Afrique, berceau de l’humanité, en fait partie.
Chamans, Mambos, Sangomas… Autant de sorciers qui œuvrent dans l’ombre à protéger les fidèles, mais aussi à réveiller les anciens Dieux, démons et loas.
Magie blanche ou magie noire, en dehors des frontières de ce continent, tel un serpent, discret et insinueux, elle se répand.
Ainsi, le jeune punk Mika sera initié malgré lui aux secrets du vaudou, en plein carnaval de la Nouvelle-Orléans, et devra composer avec l’esprit des morts, le terrible Baron Samedi et son armée de gamins buveurs de sang.
À Marseille, des meurtres rituels obligent le capitaine Dilaniti à renouer avec ses racines, le Swaziland, un pays sous dictature militaire où règnent encore les traditions liées au Muti, culte tribal qui vampirise la population.
Au Maghreb, les djinns, esprits nés d’un feu sans fumée, peuvent posséder les vivants. La grossesse avait chassé celui qui résidait en Leila. Entourée de son fils et de son mari, la jeune femme devrait être heureuse. Pourtant, un regard brûlant pèse sur son âme.
Trois auteurs reconnues de la nouvelle génération s’associent pour vous conter ces légendes africaines… À leur manière… Trois romans courts, violents et sans concessions, aux accents sauvages de ce continent insoumis.


Les autrices :
Morgane Caussarieu casse les codes de la Bit-lit avec son premier roman Dans les veines. Aussi essayiste et traductrice, cette punkette de 27 ans a obtenu le prix Bob Morane pour Je suis ton ombre, second volet de sa saga aux longues dents, amorcée avec Dans les veines.

Vanessa Terral : Depuis son enfance, elle est inspirée par les fées et les petits esprits de la nature. Elle a tôt compris que l’écrit est une passerelle entre son monde, alors poussiéreuse Provence de chênes et de thyms, et l’Autre, tout entier dans le soleil percé par les feuilles, dans les tressauts d’un ru. Puis vint le temps de la ville, cité de Paris, où les ombres enfantées par les lampadaires et les murs sans fin dans la nuit orangée lui apprirent qu’il existait d’autres créatures enchanteresses, parfois mauvaises, toujours sombres.
En 2006, Vanessa découvre le fanzinat et l’univers des petites maisons d’éditions spécialisées dans le genre de l’Imaginaire. Son style, déjà travaillé sous la direction de l’écrivain Pierre Jourde, s’affine. Dans la cinquantaine de ses nouvelles éditées, des thèmes de prédilection se démarquent : l’inscription du merveilleux dans des lieux réels et leur histoire, l’inspiration puisée dans les mythologies, les légendes et les contes afin d’en tisser des récits fantastiques, des enquêtes occultes et, parfois, des aventures d’autres genres… Son credo: Remythifier le quotidien, le monde contemporain !

Sophie Dabat : Née en 1979 près de Marseille, elle s’est installée en Bretagne après avoir en partie délaissé sa formation d’origine, l’architecture, pour se lancer dans les métiers de l’édition. Lectrice, traductrice et correctrice, elle a publié une cinquantaine de nouvelles en France dans diverses anthologies ainsi qu’une novella au Québec (Erzébet Bathory ; comtesse sanglante aux éd. Les Six Brumes). Un roman de fantastique, Changelins, tome 1 : évolution, a été publié en 2010. Il est aujourd’hui réédité au format poche sous le nom Le Sang des chimères – Mutante. Les tomes deux et trois sortiront en octobre 2013 et début 2014. Un essai, Bit-lit ! l’amour des vampires, chez les Moutons électriques éditeur, est également sorti fin 2010.


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