Retour de lecture pour : Un amour inhumain, Edogawa Ranpo

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.


Retour de lecture : Voilà un recueil qui nous fait passer un agréable moment, les nouvelles ne sont pas toutes de la même longueur et ne présenteront pas le même intérêt en fonction des critères de chacun mais elles ont le mérite d’être très différentes les unes des autres tout en baignant dans une atmosphère sombre et mystérieuse, parfois surnaturelle. Une fois n’est pas coutume, vous pouvez vous fier à la quatrième de couverture.
L’écriture est maîtrisée et l’auteur prouve qu’il sait naviguer entre plusieurs styles sans problème. Il construit ses cadres et ses ambiances avec justesse et finesse. Le trait distinctif de sa plume est une écriture très visuelle, son style premier est d’inclure le lecteur dans son processus d’écriture renforçant ainsi l’immersion. Bref, un auteur qui n’a pas volé sa réputation, il fait honneur aux grands noms dont il s’inspire et c’est d’ailleurs ce qui rend la lecture agréable même dans les nouvelles que l’on apprécie moins.

Pour ma part, j’ai adoré Un Amour Inhumain qui donne son nom au recueil, ne serait-ce que parce qu’elle est teintée de surnaturel mais également parce qu’elle est emprunte de l’ombre du Japon traditionnel. Pour les amoureux du genre, vous trouverez d’assez nombreuses références que je vous invite à creuser que ce soit du côté des mythes ou de l’artisanat. Ne passez pas à côté de cette nouvelle sans aller jeter un oeil aux fameuses iki-ningyô, creepy et fascinantes à souhait…
Cette nouvelle se dénote par un émotionnel exacerbé par le ton de la confession, c’est vraiment une nouvelle qui sort du lot dans ce recueil. J’aurai préférée qu’elle clôture l’ouvrage car c’est à mon sens la plus aboutie. Néanmoins elle a le mérite, en début d’ouvrage, de donner envie de lire la suite…

L’apparition d’Osei et L’abri antiaérien sont les deux autres nouvelles que j’ai le plus apprécié. Elles sortent du lot selon mes critères personnels, une touche de tradition et de mystère, de la psychologie et de l’émotion…
Les Canaux de Mars se démarque nettement par l’ambiance et sa chute, à la limite du surnaturel et de la science fiction elle est très intéressante.
J’ai bien moins apprécié les nouvelles Les crimes étranges du docteur Mera et La grenade pour la simple et bonne raison qu’elles appartiennent au genre polar et que ce n’est pas mon genre de prédilection, je trouve toujours l’intrigue cousue de fil blanc et sans le support d’une écriture et d’un cadre intelligemment structurés, je m’ennuierai à cent sous de l’heure. C’est d’autant plus vrai pour ces deux nouvelles car j’ai trouvé que cela manquait d’émotion et qu’elles étaient trop basées sur l’exercice cérébral mais c’est un défaut propre au genre.

C’était un amour inhumain, un amour qui n’appartenait pas à ce monde. Ceux qui en font l’expérience voient, d’un côté, leur âme exaltée par d’étranges plaisirs dignes d’un cauchemar ou d’un conte, mais de l’autre côté, rongés par le remords de leur crime, ils tentent de se débattre pour échapper à cet enfer.

Pour conclure, je dirai simplement que si vous aimez les ambiances sombres, mystérieuses et les histoires tragiques, ce recueil a de grandes chances de répondre à vos exigences car l’auteur maîtrise sa plume et son cadre parfaitement, il créé des ambiances fascinantes et collantes comme du goudron. Cela reste un bon petit recueil fort sympathique à lire que je recommande.

Ma note finale est un 12/20

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Pour aller plus loin…

4e de couv. : Six histoires étranges et inédites du maître de l’ero-guro (l’érotisme macabre). Jusqu’où la passion peut-elle nous emporter ?
Ce recueil original rassemble six nouvelles inédites en français d’Edogawa Ranpo. Publiées sur plus de trente ans, entre 1926 et 1955, elles reflètent ses thèmes fétiches de la passion obsessionnelle et d’une fascination amoureuse aux accents morbides, parcourues d’un frisson d’étrangeté caractéristique de l’œuvre de l’auteur.
Contes noirs parfois fantastiques, dans la lignée d’Henry James et d’Edgar Poe, ces récits hypnotiques explorant les figures de la poupée ( » Un amour inhumain « ) ou de la femme fantôme ( » L’abri antiaérien « ) frappent par leur profonde modernité. La passion amoureuse en particulier s’y dévoile dans tout son absolu, éclairant les recoins les plus sombres de la nature humaine.


L’auteur : Nom de plume de Tarô Hirai (1894-1965), Edogawa Ranpo est le premier auteur japonais à populariser largement le roman d’énigme et de mystère dans les années 1920-30, à travers son personnage de détective Kogorô Akechi (Ranpo donnera en outre en 1955 son nom au premier prix du roman policier au Japon, toujours décerné).
Mais si ses influences occidentales sont assumées et citées (Edgar Poe, Conan Doyle…), Ranpo donne très vite à son œuvre une tournure tout à fait unique, mêlant macabre, érotisme et grotesque, dans de courts récits d’une noirceur psychologique remarquable comme La ChenilleLa Bête aveugle ou Le Lézard noir (adapté au théâtre par Yukio Mishima), devenus des classiques de la littérature japonaise. Père du mouvement ero guro nansensusss, son univers marquera durablement tous genres de littérature, mais aussi le cinéma (de La Bête aveugle de Yasuzô Masumura à Inju de Barbet Schroeder) ou le manga (Suehiro Maruo).


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