Ce mois-ci, je me suis un peu vengée sur les mangas, je vais pourtant tâcher de me limiter dans cette chronique mais ce n’est pas faute d’avoir eu envie de vous parler de très nombreux titres… ^^
Aujourd’hui, je vous propose de vous parler d’un yaoi qui a marqué le genre, de deux terreurs et d’un manga fantastique franco-japonais.
C’est parti…


Haru wo Daite Ita et Haru wo Daite Ita ALIVE de Nitta Youka
Autres titres : Embracing Love / Jeux d’amour
14 volumes et 6 volumes

Résumé : Iwaki Kyosuke et Kato Youji sont deux acteurs pornographiques rivaux, depuis que ce dernier a commencé sa carrière. Fatigués de leur métier, ils souhaitent entrer dans le monde du cinéma. Dévorés par l’ambition, Iwaki et Kato seront mis en concurrence pour un rôle dans le prochain film Haru Wo Daite Ita. Le projet les fera se rapprocher et se dévoiler.

Le succès de l’oeuvre : Respectivement publiés au Japon en 1997 et en 2013, ce manga est un peu LA référence en terme de yaoi, d’ailleurs, pour ceux qui ne connaissent pas, cette mangaka est spécialisée dans le genre et a ouvert la voix aux mangakas suivants. Il y a eut un avant Nitta Youka et un après, d’ailleurs sa patte est très reconnaissable.
Ce manga est hyper connu, il a hélas tardé à se faire connaître officiellement en France à cause de péripéties éditoriales. Aujourd’hui, il est connu surtout grâce à ses deux OAV de 30 minutes chacun dont, le plus connu et apprécié, est Winter Cicada, ou Samouraï dans la tourmente en français (dont vous croiserez certainement la mention dans d’autres mangas). Si vous cherchez du Nitta Youka en français vous tomberez hélas sur ses œuvres mineures. C’est pourquoi, je vous encourage à découvrir les créations de cette managaka en anglais, celle-ci bien sûr, mais également Otodama et Spiritual Police qui sont, à mon sens, ses œuvres les plus abouties. Bref, tout ça pour vous amener que cette année a marqué la reprise de l’arc final de cette série intitulé Haru wo Daite Ita afterward (This is Their) en 1 volume unique, d’où ma chronique, parce que j’espère que ça sera enfin l’occasion pour une publication française… Je sais c’est beau d’y croire…

Mon retour : Katou Youji et Iwaki Kyousuke sont deux personnages qu’il n’est pas facile d’aimer au premier abord, l’un est trop arrogant et l’autre trop rigide, c’est une rencontre des contraires, ils travaillent dans le monde des vidéos pornographiques et le début de leur relation a tout de la confrontation.
Là on pourrait me demander alors pourquoi j’en parle, et bien parce que la mangaka sait créer des personnages complexes… mais aussi et, surtout, parce que le début n’est pas ce que je préfère dans cette série qui s’est étalée sur plusieurs années, la maturité s’est invitée en cours de route dans cette saga qui voit une évolution du couple que l’on apprécie sur la durée, pas sur la rencontre, pour ma part en tout cas….

Mis à part que le début pose des problématiques très intéressantes sur le plan relationnel, identitaire, professionnel et sociétal, il me faut bien vous avouer ici que je n’accrochais pas vraiment. Ce qui m’a fait continuer c’est que plus j’avançais dans ma lecture plus l’évolution de ce couple improbable et des problématiques soulevées devenaient passionnantes. Dans un Japon où le double crime d’être un acteur de pornographie et d’être gay devient une épreuve de chaque jour, j’ai fini par devenir accro à cette série.
Tout y passe, la réussite professionnelle, le changement de statut d’acteur de films adultes à acteur tout court, les problématiques d’être un acteur connu, comment vivre et entretenir une relation intime dans une vie où on existe par le paraître et où les emplois du temps ne coïncident pas, les dessous du cinéma dans ses aspects les plus sombres où on parle d’abus sexuels, de chantage, de conditions de travail, etc., mais aussi, plus positivement, de dépassement de soi, de progression, de choix de projet…. La différence entre amour, désir et possession, les amours homosexuelles, le mariage gay, la parenté dans un couple gay, la relation à la famille, à la société, les enjeux dans un couple sur la durée, avec la fatigue et les obligations du quotidien, la concurrence professionnelle qui se répercute sur la vie du couple, travailler ensemble, etc. Mais aussi des problématiques plus large comme la fragilité d’une industrie du paraître face à des catastrophes naturelles, la nécessité de la culture pour aider les gens à affronter les difficultés du quotidien, la dépression, le syndrome post-traumatique. C’est tellement intelligent, tellement intéressant !
De façon plus anecdotique, bien d’autres thématiques sont abordées également, c’est l’une des plus grandes qualités de ce manga !

Un des reproches que je fais aux yaoi des 10 dernières années, c’est que, pour l’immense majorité, c’est juste une excuse pour nous montrer des scènes de sexe sans aucune histoire derrière ou de nous montrer des crimes ou des comportements anormaux en les faisant passer pour la normalité, quand dans la réalité, c’est juste inacceptable. Ce manga, lui, a plus de substance que la plupart de tous ceux que j’ai pu lire jusqu’à maintenant.

Le petit plus ? Beaucoup, beaucoup de tendresse, une description des relations humaines très réaliste qui finit non seulement par rendre les personnages attachants mais aussi par nous faire réfléchir sur pas mal de problématiques différentes. Il y a de l’humour aussi. Le style de dessin fait très années 80, les visages sont très expressifs, je trouve que ça apporte un charme certain au manga.
Le must du must est de nous raconter également une page d’histoire du Japon féodal à travers le rôle des deux personnages principaux dans Winter ciccadas (Fuyu no Semi en japonais) que j’ai cité plus haut en vous parlant des OAV, si ça vous dit quelque chose c’est normal ! Cette histoire est célèbre au Japon et a été moult fois reprise dans différents mangas. C’est d’ailleurs la même période que l’on rencontre dans Sidooh dont je vous parlerai le mois prochain.

Paradoxalement, et malgré toutes les éloges que je viens d’en faire, à part le début de Haru wo Daite Ita ALIVE, je trouve la suite bâclée et vendue aux facilités commerciales. Je me suis même demandée si la mangaka avait vraiment envie de faire cette suite pour vous dire… J’espère sincèrement que l’ultime tome qui va paraître bientôt rectifiera le tir histoire de réconcilier la mangaka avec ses fans, parce qu’il faut bien le dire, elle a été très très très critiquée pour sa fin. Toujours est-t-il que si je n’aime pas la fin, tout le reste est si riche émotionnellement, psychologiquement, en réflexions et en mises en perspective mais également en dénonciations de certaines choses que finalement la fin n’a que peu d’importance pour moi…

Je ne suis pas fan des histoires d’amour dégoulinantes et celle-ci est réellement passionnelle et passionnée et, pourtant, dans sa représentation il y a tant de réalisme dans les tentatives de chacun de comprendre l’autre, tant d’engueulades et de réconciliation, d’égo égratigné, de manque de confiance en soi, de tentative de positionnement sans écraser l’autre par son amour que j’ai adoré suivre ce couple. Il y a des détails que je n’ai pas forcément aimé mais, globalement, c’est vraiment un yaoi incontournable…



Hideout de KAKIZAKI Masasumi
Autres titres : Hide Out
1 volume

Résumé : Seichi Kirishima mène une vie des plus réussie, jusqu’au jour où le malheur frappe. Écrivain de profession, Seichi est abandonné par son éditeur. S’ensuit la perte de son fils, Jun, dû à un accident domestique auquel s’ajoute, à son désespoir, des dettes causées par sa femme Miki.
Sous cette avalanche de mésaventure, le couple se rend sur une île, afin d’y panser les blessures. Mais ce voyage va prendre une tournure inattendue. Alors qu’ils se rendent dans une forêt, Seichi doit encore subir les critiques de sa femme. Dans cette atmosphère tendu, il décide de la tuer. Habité par une folie meurtrière, il se munit d’une clé à molette et frappe. Dans ce climat violent apparaît un enfant qui réclame sa mère puis disparaît. Seichi croit à une hallucination, mais il n’en n’est rien. Alors qu’il recherche en vain la sortie, Seichi est poursuivi !

Mon retour : Envie d’un petit cauchemar court mais dense ? C’est ce manga qu’il vous faut. C’est one shot qui met une claque. Bienvenue dans les confins de la détresse humaine où l’horreur prend ses racines. C’est habile, c’est brillant.

Ce court manga est saisissant tant par un dessin qui est voué à vous faire ressentir une oppression moite et une sensation de danger imminent que par la tragédie des évènements décrits. C’est également un conte triste de la banalité de la vie qui nous fait buter sur une épreuve dont on n’arrive pas à se sortir indemne et qui nous emmène insidieusement dans les confins de la folie. Je ne veux pas trop en dire pour ne pas déflorer l’histoire à ceux qui ne l’ont pas lu mais il vaut le détour, indubitablement.


Jizo de Antoine Dole (Mr Tan) et Mato
1 volume

Résumé : Aki ne retrouve plus le chemin pour rentrer chez lui. Tout le monde semble indifférent à cet enfant perdu. Tous… sauf Jizo, un étrange garçon sorti de nulle part.
Est-ce un enfant des rues ? Va-t-il vraiment le ramener chez lui ? A-t-il raison de le suivre dans le temple où il l’emmène ? Malgré son grand sourire, Aki peine à faire confiance à son nouvel ami.
Surtout qu’une effroyable sorcière chasse les enfants à la tombée de la nuit…

Mon retour : Ce manga est une oeuvre franco-japonaise de 2020. Le mangaka est français, il est l’auteur de Mortelle Adèle, entre autres, pour ceux qui connaissent, il a réalisé ce manga en collaboration avec la mangaka Mato.

J’avais lu un extrait sur le site de l’éditeur et j’avoue que j’avais bien accroché, je me suis donc offert ce petit bijou de poésie et de douceur. Ce petit conte fantastique parle de la mort et de la souffrance du manque de ceux qu’on aime. Il amène la mort, la séparation et les émotions afférentes avec délicatesse. Tout en finesse, et avec l’aide de personnages touchants et attendrissants, on passe progressivement du fantastique à des thématiques bien réelles et assez difficile.

Quand on traite de ces sujets, il est facile de tomber dans certains écueils mais ce manga est bien dosé et bien réalisé. Il a l’intelligence émotionnelle nécessaire pour en faire un vrai petit bijou et le bon goût de ne jamais tomber dans l’exagération ou le grandiloquent et le dessin sert à merveille cette jolie petite histoire pleine de tendresse.


Signal 100 de Miyatsuki Arata et Kondou Shigure
4 volumes

Résumé : 37 lycéens sont forcés de participer à un jeu macabre. Après avoir martyrisé leur professeur principal toute l’année, ce dernier décide de se venger en les hypnotisant. Maintenant, ils ont 100 actions (comme pleurer ou rire) à ne pas réaliser, implantées dans leur cerveau, sinon c’est le suicide ! Mais le problème, c’est qu’il ne connaissent pas les 100 signaux, et que celui qui verra tous ses camarades mettre fin à leurs jours… survivra. Qui pourra éviter la mort qui les attends ?
Par peur de la mort, les élèves participent à ce jeu de la mort mais Rena Kashimura, avec son sens aigu de la justice, tente d’éviter ce sort désespéré.

Mon retour : Ce manga de 2015 (édité en France en 2018) est vraiment un manga particulier. C’est un manga de terreur qui flirte avec l’horreur et le gore sans jamais y plonger totalement. Profondément psychologique, il fonctionne sur les bases d’un huis-clos où une personne seule peut survivre. Si les groupes de personnalités sont assez convenus et respectent les codes du genre, un personnage, Sakaki Shouta se détache de tous et offre de belles surprises et de beaux rebondissements, il est l’élément duel et énigmatique qui apporte de l’imprévu.

Les 100 actions à ne pas réaliser sont bien pensées et s’inscrivent vraiment bien dans une quête de vengeance du professeur, c’est très cohérent. Ça a quelque chose d’assez jouissif de voir certains élèves mourir, ce qui met tout de même très mal à l’aise et met le lecteur en porte-à-faux par rapport à ses potentiels principes moraux. Je trouve ça assez fascinant de nous proposer de nous voir dans un miroir qui fait ressortir nos parts les plus sombres, c’est presque cathartique.

Les ascenseurs émotionnels des élèves sans cesse sur un fil suspendu au dessus de leur mort potentielle tiennent bien en haleine alors même que certains dénouements sont prévisibles, c’est donc bien ficelé. Je pense que le point fort de ce manga est finalement sa science des réactions sociales et des mouvements et réactions de groupe qui sont très fidèles à la réalité. On peut donc voir ce manga comme une étude sociologique d’un groupe qui se connait et qui est confronté à sa survie avec tout l’historique relationnel sous-jacent : les litiges, les rancœurs, les jalousies, les désirs, etc. Petite parenthèse d’ailleurs, si le sujet vous intéresse, je vous invite à aller fouiner sur la chaîne fouloscopie pour en apprendre plus.

Ce manga est loin d’être parfait bien sûr, outre qu’il y a pas mal d’éléments prévisibles, mais pas au point de gâcher la lecture, c’est surtout le problème de la sexualisation des personnages féminins qui m’a dérangé… comme d’hab quoi…
Ce n’est pas la majorité du manga, fort heureusement, mais c’est pénible quand même. Je conçois qu’on joue sur l’éveil à la sexualité des protagonistes puisque ce sont des adolescents mais quel est l’intérêt de voir la culotte d’une fille morte après s’être pissée dessus ??? C’est d’autant plus dommage que je trouve le manga très bon et que ça m’agace qu’on pollue une oeuvre avec des perversions de ce genre… Bref, c’est un bémol mais qu’il ne vous empêche pas de le découvrir car c’est un bon manga de terreur et de psychologie tout de même..


Sinon, il faut que je vous dise que j’ai triché, impatiente que je suis, j’ai été jeter un coup d’œil aux scans du Dracula de Shinichi Sakamoto, #DRCL midnight children de son titre. Comme cet auteur l’a précédemment fait, ses choix sont audacieux, les graphismes sont sublimissimes, tout est en images, paraboles et métaphores. Je ne saurai vous dire à quel point ce début est prometteur notamment par les choix de personnages. Mina est ainsi une jeune adolescente rebelle, farouchement féministe, qui évolue dans une école pour hommes voués à devenir les futurs dirigeants de la société. Brillante intellectuellement, elle est aussi forte physiquement et s’entraîne à la lutte physique pour ne se laisser dominer par les hommes. Lucy, quant à elle, a fait le choix de se faire passer pour un homme, elle n’est pas sans rappeler Marie-Josèphe de Innocent et Innocent Rouge.

Bref, je trouve tout ça incroyablement moderne, bien choisi et audacieux. C’est typiquement le renouveau dont a besoin le manga aujourd’hui, prendre le meilleur de la tradition japonaise du manga en changeant les codes surannés où la femme est une poupée gonflable dépendante de l’homme. J’avoue que plus je lis et découvre ce genre d’auteur et moins j’ai de tolérance pour les Boichi and co que je finis par trouvé d’une lâcheté et d’une perversion incroyables, une perversion dangereuse qui entretient des schémas inacceptables et insupportables dont les femmes de tout âge souffrent toujours aujourd’hui. Si lui peut le faire, pourquoi pas les autres ? et si c’est faisable et vendable, pourquoi accepter encore des mangas qui véhiculent des idées rétrogrades ?

C’était la minute féministe… Enfin, non, c’était pour vous hyper sur le manga, la minute féministe, c’est le cadeau bonus. ^^


Sinon pour le mot de la fin, je vous partage une figurine de malade, ce n’est pas trop mon truc d’habitude mais celle-là j’avoue que je la trouve sublime et qu’elle représente bien la charge émotionnelle du moment dont elle s’inspire…

Le site de l’article et plus de photo sur le site officiel ici


Dans les sorties du moment, je vous conseille :
Perfect World Vol.12

The breaker Vol. 2 et Vol. 3 Edition ultimate
Terrarium Vol. 1
Banana Fish Vol. 3
Haikyu Vol. 41
My Number One ! Vol. 7
Given vol. 6

Voilà, faites-moi un retour si vous connaissez une ou plusieurs de ces oeuvres, c’est toujours sympa de connaître les avis des autres…;-)

Bonnes lectures !