Retour de lecture pour : Nécropolis de Herbert Lieberman

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.


Retour de lecture : 

Hello les petits loups, me revoilà, enfin, et pas avec n’importe quel roman ! Ce roman n’est pas du tout mon style habituel de lecture mais, prêté par un collègue qui s’est lui-même prêté au jeu de lire Manitou, j’ai donc joué le jeu. Attention avis totalement partial et biaisé !

Ce roman a pour personnage principal Paul Konig, chef de l’Institut Médico-légal de New York, homme au charisme indéniable dans son milieu professionnel, il a l’originalité d’être un personnage quelque peu détestable si ce n’est totalement… Son caractère intransigeant, fait de lui un personnage irascible, personne ne semble trouver grâce à ses yeux, il passe son temps à aboyer sur tout le monde. Il perd pourtant de sa superbe dès qu’il s’agit de sa vie privée, privé d’une fille qui est partie de chez lui pour ensuite disparaître dans des conditions étranges. Son caractère exécrable et son arrogance écrasent largement les personnages secondaires qui ne demeurent que de vagues profils autour de lui, cela a le mérite de sortir de l’ordinaire, mais ça ne vaut même pas le coup de mentionner ces derniers, ils finissent par devenir de vagues spectres familiers pour le lecteur…


Le style est majoritairement agréable si l’on survie à la surenchère et à l’emphase des premiers chapitres, peut-être une stratégie maladroite et regrettable pour accrocher le lecteur… Heureusement, cela ne concerne que le début et par la suite la seule chose que l’on pourrait reprocher ce sont les nombreuses répétitions qui parsèment les séquences concernant la vie privée de Konig.

Devant un cadavre nu et écorché, le médecin est pareil à un vieux shaman qui déchiffre les augures dans les viscères du mouton sacrificiel.

Si finalement les scènes d’autopsie, les enquêtes et les analyses de médecine légale sont d’une redoutable précision et d’une efficacité certaine pour ancrer l’ambiance pesante et morbide, l’auteur cède assez souvent aux lieux communs des émotions teintées de regrets et de culpabilités, le problème étant que cela semble dissonant pour le coup. J’ai trouvé toutes les parties liées à l’enquête de Lolly d’un mortel ennui au point de ralentir ma lecture. Je ne suis déjà pas fan de ce genre de prime abord mais j’ai eu le sentiment que l’auteur a mis toute son énergie à retranscrire l’effervescence et le travail de fourmi de l’institut médico-légal et qu’il ne lui en restait plus des masses pour le reste.
Je ne suis bien sûr en rien objective sur ce point là puisque les enquêtes m’ennuient profondément de base…

Une autre qualité de ce roman réside dans le traitement politique des enjeux qui se cachent dernière les enquêtes et derrière le poste de directeur de l’institut médico-légal d’une grande métropole, c’est l’un des points forts de ce roman indéniablement, cela donne du sel à l’ambiance nauséabonde de l’histoire, de même que les rivalités de fond de caniveaux entre collègues, car c’est bien de là qu’elles sortent… Ou du moins, c’est de cela que l’auteur semble vouloir nous persuader…

Il s’était souvent dit que, s’il pouvait s’en remettre à la magie et aux sorciers locaux, aux chapelets et aux talismans, tout se passerait bien. […]

Si seulement il pouvait surmonter le cynisme qui le rongeait, se laver de quarante ans de scepticisme et d’orgueil, atteindre le havre d’une petite oasis verdoyante pour y retrouver le goût de l’espoir, peut-être pourrait-il encore se sauver.

Finalement c’est un roman de la déception en l’humanité, une sorte de chanson sournoise qui susurre à l’oreille que tout est malsain et nauséabond dans l’humain et que, lorsque ce n’est pas le cas, la société se fait fort de pervertir le restant de pauvres âmes innocentes, en les tuant, par exemple…

Je ne peux pas dire que j’ai été convaincue par ce roman pessimiste mais j’ai adoré l’aspect médico-légal, les autopsies et les reconstitutions de corps, je les ai dévoré et finalement, je les ai trouvé si bien amenées et si bien construites que le reste ne pouvait que me sembler fade et sans saveur…

L’odeur d’une salle d’autopsie est bizarre. Odeur de mort et d’assa foetida. De formol et de peur. Qui la sent une fois ne l’oublie jamais.

En conclusion, un roman qui aurait pu avoir une grande envergure mais qui s’empêtre dans les lieux communs des polars… Un personnage pourtant original et une profession décrite avec une précision chirurgicale très efficace méritaient un cadre plus grandiose encore et surtout moins de redondances. Je recommande ce livre pour le cadre médico-légal qui est une indéniable réussite mais pour ma part c’est la seule chose que j’en garderai, le reste m’ayant apparu médiocre et sans surprise. Toutefois ne vous fiez pas à mon avis seul, je le rappelle ce genre n’est pas ma tasse de thé de prime abord donc ne cherchez pas l’objectivité dans mes mots…


Je valide toutefois l’expérience d’échanger des lectures, c’est vraiment surprenant et agréablement dépaysant, c’est une expérience que je vous recommande car, in fine, que nous aimions ou pas ce que nous avons lu, nous avons su sortir de notre zone de confort et il n’y a rien de plus enrichissant…

Ma note finale est donc un 11/20

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Pour aller plus loin…

4e de couv. : New York, la « cité des morts », regorge de crimes atroces et de fous dangereux. Paul Konig, médecin légiste, règne sur une morgue où défilent cadavres, enquêteurs et familles en deuil. Autopsiant, disséquant, analysant chaque indice sur les macabres dépouilles qui lui sont confiées, il observe la terreur qui baigne la ville… Une ville dans laquelle sa fille, Lolly, a mystérieusement disparu depuis quelques mois.


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