Retour de lecture pour : Kaimyo, le Nom des Morts tome 1 : Les papillons de Kobé, Bertrand Puard

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.


Retour de lecture : 

Une des craintes que j’ai quand je m’aventure dans la littérature jeunesse, c’est un abaissement langagier et narratif volontaire, comme si les jeunes étaient incapables de se servir de leur cerveau. Ici, je n’ai pas été déçue, ce roman a beau être pour les 13 ans et plus, la qualité est là tant dans le vocabulaire que dans la narration de sorte que j’ai vraiment apprécié l’incursion dans cet univers et que je commence d’emblée à le conseiller à tous sans restriction.

Ce premier tome, fraîchement original dans le ton, mêle le Japon et la France, la tradition et la modernité, un personnage d’âge mûr et une jeune fille dont les caractères sont aux antipodes et qui ont pourtant beaucoup en commun dans leurs expériences de vie difficiles. C’est une enquête en tandem sous le sceau du choc des cultures et de la complémentarité des contraires.

Il y a le grand livre de la vie, qu’on écrit chacun pour soi, et puis ce sont les autres qui consignent la vérité, dans les marges, en prenant des notes. Enfin, c’est ma conception.

Reiko est un japonais qui arrive en France pour installer une succursale de son entreprise, il est discret et ne vit que pour son étrange travaille, il rencontre la petite fille de sa gardienne, Nouria, une adolescente brillante au vécu dramatique qui se révèle très curieuse du travail de Reiko qui consiste à enquêter sur la mort des personnes solitaires. C’est le début d’un duo improbable qui va osciller entre vivants et morts, entre passé et présent.

Les duos de personnages différents mais complémentaires sont légions en littérature mais force est de constater que lorsqu’ils sont bien traités, ça fonctionne toujours autant. Pour ma part, je crois que ce qui m’a le plus plu dans ce duo c’est l’effondrement du mur d’impassibilité de Reiko qui finalement arrive à se montrer vulnérable à Nouria. Je ne suis pas particulièrement friande des intrigues, c’est souvent cousu de fil blanc et ça m’ennuie profondément mais, ici, sous couvert d’enquête il s’agit presque plus d’un parcours initiatique, de l’histoire d’une purge émotionnelle d’un passé lourd et handicapant.

L’alcool, ça ne fait pas oublier. On croit y noyer notre peine, mais c’est juste de l’eau sale qui fait pousser plus vite encore les graines du chagrin.

Je vais faire court, je n’ai pas énormément de chose à dire sur cette première partie si ce n’est que j’ai passé un excellent moment et que l’émotion est là. La part de surnaturel et de mystère est un deuxième niveau de lecture intéressant pour la dimension qu’elle apporte à l’univers des vivants.

La plume de l’auteur est au service de son roman avec subtilité et richesse. Il utilise la symbolique et les images avec efficacité, d’ailleurs les papillons du premier tome Les Papillons de Kobé fait référence à l’âme des morts mais c’est également un sous-titre en résonance avec celui du deuxième tome qui reprend le champ lexical des papillons avec Les chrysalides de Tunis.

En conclusion, ce premier tome est un début de roman sympathique qui met l’humain au premier plan, le côté enquête est une excuse pour creuser les tréfonds émotionnels de personnages au passé compliqué. L’écriture est riche, nuancée, l’auteur joue sur les images et les symboles avec subtilité. Le côté surnaturel et le monde des morts enrichissent celui des vivants, c’est un roman de la mort mais surtout de la vie et de la souffrance de ceux qui restent qui se dépatouillent comme ils peuvent pour continuer à vivre avec leurs traumas. Je vous encourage vraiment à découvrir ce roman sans restriction d’âge.
Le second tome sort en octobre de cette année, je me le prendrais bien volontiers.

Ma note finale est donc un 13/20

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Pour aller plus loin…

4e de couv. : Selon une croyance japonaise, les âmes des défunts sans kaimyo errent parmi les vivants. Ce nom honorifique, Reiko n’a jamais pu l’offrir à ses parents, parce que les circonstances de leur disparition, il y a cinquante ans, n’ont jamais été élucidées.
Il a donc consacré sa vie à donner un kaimyo aux personnes dont la mort est nimbée de mystère. Lorsqu’il débarque à Paris pour exercer son curieux métier, il fait la connaissance de Nouria, une adolescente qui prétend communiquer avec les esprits.
Alors qu’il enquête sur le décès d’une vieille Japonaise, la jeune fille devine que cette affaire est liée à ce qui est arrivé aux parents de Rieko.
La rencontre entre celui qui fait parler les morts et celle qui prétend les entendre était-elle vraiment un hasard ?


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