Retour de lecture pour : Rouge Toxic, Morgane Caussarieu

Certains de mes retours de lecture peuvent présenter des éléments d’intrigues.


Retour de lecture : 

A la base, je devais lire ce roman pour le PIF (Printemps de l’Imaginaire Francophone) de cette année et puis en fait Caussarieu a tellement su se faire une place d’honneur dans ma bibliothèque que je n’ai pas résisté à ouvrir le livre et à zieuter juste pour voir comment ça commençait et puis… c’était trop tard… j’étais happée… ^^

Ce roman peut se lire indépendamment de Dans les Veines et de Je suis ton ombre mais il faut bien dire qu’il se savoure tout de même bien davantage si on connaît le passif des personnages rencontrés et évoqués. Je ne saurai donc que trop vous conseiller de commencer par le début pour apprécier la balade vampirique dans son intégralité…

 Comparé aux deux premiers romans, je qualifierai celui-ci de gentillet… Au final, il y a très peu de perversion et d’horreur comparé aux premiers, l’univers lycéen n’y est pas non plus étranger ce me semble et puis bien sûr ce volume est ciblé Young Adult… Mais ne vous méprenez pas à la lecture de ce que je viens d’écrire, Caussarieu reste Caussarieu, il faut donc être un minimum averti sur le contenu.

Dans ce roman-ci, nous sommes principalement enfermés dans la psyché des deux protagonistes principaux, Farouk et Barbie. Chacun cherche la porte de sortie de son bocal, à sa façon et selon ses moyens. Farouk en tentant de dompter et maîtriser la bête en lui, Barbie en faisant sa crise d’adolescence. Ce roman est lent dans la mise en place de l’intrigue, c’est une oeuvre de la paranoïa où les protagonistes ne savent jamais vraiment à qui se fier et comment distinguer le mensonge de la vérité, ce qui fait que les idées tournent et tournent, les problématiques se répercutent contre les murs mentaux et émotionnels des deux protagonistes et ces derniers n’évoluent que lentement. C’est également un roman de la crise identitaire et de la prise d’indépendance par rapport aux parents.

Si j’ai trouvé la mise en place assez longue et l’univers lycéen assez barbant (ce n’est vraiment pas le cadre narratif que je préfère, loin s’en faut), le dernier tiers de l’oeuvre m’a, quant à lui, régalé. L’action monte très lentement mais inexorablement vers une apogée qui semble irrémédiable. Quand on regarde ce livre dans son ensemble, on constate à quel point l’autrice sait nous emmener là où elle le souhaite, encore faut-il avoir la patience de s’y laisser emmener.

Le Baron Samedi, loa des défunts et de la résurrection, protège cette maison, expliqua la Noire, triomphante. Il est le Papa Gédé. Tu es son enfant, même si tu n’en as pas conscience, ni mort ni vivant. Un gédé, un vampire, un vrykolakas, un strigoï, un cadaver sanguisugus, peu importe le nom que tu te donnes. Tu ne peux pas passer outre son interdiction sans payer le prix fort. Tu ne peux pas aller contre la volonté du Baron, oh non…


Ça vaut le coup néanmoins car le final est brillant, les protagonistes du passé apportent clairement le sel dont l’oeuvre avait besoin et légitiment le total changement de ton du dernier tiers. Celui qui laisse davantage le lecteur retrouver l’univers et l’atmosphère développés dans les deux premiers livres.

J’ai donc beaucoup aimé la fin et j’ai adoré cet élément que je reconnais bien propre à l’autrice d’effacer les limites entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre la bête et l’humain. Autre élément qui enrichi indéniablement l’oeuvre, c’est cette capacité qu’à l’autrice à nous faire voyager dans le monde, dans les différentes cultures et dans le temps. Ainsi, elle ne nous emmène pas tout bêtement dans le monde vampirique, ça serait trop simple, elle nous guide dans des strates multiples et complexes, c’est un talent que je lui reconnais volontiers et qui donne toujours beaucoup de profondeur à son univers. Elle ne fait pas que rendre hommage ouvertement aux grands noms du genre, elle s’impose elle-même comme une autrice de genre avec un style unique et son univers complexe bien à elle. Donc dans ce roman lycéen, ne vous étonnez pas de découvrir une morceau d’Asie centrale par-ci, un bout de Nouvelle-Orléans par-là, une pincée de France par-ci et un soupçon d’Afrique par-là…

Bon vous l’aurez compris, au-delà de l’oeuvre c’est l’univers de Caussarieu que j’adore et que je prends plaisir à retrouver à chaque fois. Pourtant ce roman n’a, pour ma part, pas rempli toutes ses promesses… Il y a des longueurs, des redites, comme dans Dans les veines l’héroïne centrale est fade et peine à avoir une personnalité suffisamment intéressante pour tenir sa place… Le roman étant un roman à deux voix, je vous avoue que j’avais hâte de lire les parties de Farouk… Est-ce voulu ? Je ne saurai le dire… Il est certain que l’héroïne se présente déjà comme fade et invisible mais il faut que sa psyché tienne un minimum debout pour maintenir l’intérêt du lecteur… C’est selon moi, le gros point noir de ce roman… 

Le Baron a élu domicile à La Nouvelle-Orléans, continua -t-elle. Voilà pourquoi celle-ci est un véritable nid à suceurs de sang miniatures. Ici, les adeptes du vaudou les nomment « gédés ». Samedi est leur père spirituel, leur protecteur, oui mais ils doivent lui obéir. Et tu peux me croire, ils obéissent !

La fin est néanmoins prometteuse pour ce personnage… par la fin j’entends l’annexe. Outre le fait que l’on souhaite savoir comment les protagonistes vont évoluer et comment le sac de nœud va se défaire, parce que le lecteur de Je suis ton ombre sait qu’il y a encore largement matière à, il va falloir que le personnage de Barbara trouve une légitimité autrement plus solide que celle de ce roman pour tenir le rôle que l’annexe nous fait miroiter…

Ce roman finalement pêche par son changement de classification je pense… Vu le démarrage de Dans les veines et son apogée stylistique de Je suis ton ombre, retomber dans du Young Adult – même version Caussarieu – est décevant malgré son talent. Et puis, j’avoue que je n’en comprends pas bien la motivation si ce n’est, éventuellement, une volonté de l’éditeur de surfer sur la vague de la bit-lit… Or Caussarieu a un talent inouïe pour faire de la littérature vampirique adulte et après avoir lu Je suis ton ombre, qui est clairement l’illustration de sa maîtrise et de son talent, il est bien difficile de la retrouver amputée de ce qui fait d’elle une autrice unique et talentueuse capable de rivaliser avec les grands noms du genre… Si vous connaissez la motivation de ce changement, je serai ravie de la connaître.

Je serai tout pour toi. A présent, je suis ta seule famille. Je serai ton père et je serai ton enfant. Je serai ton esclave et ton maître, ton frère et ton amant.

En conclusion donc, Rouge Toxic est un roman vampirique Young Adult – mais version Caussarieu tout de même – qui démontre encore une fois son talent. S’il ne tient pas toutes les promesses initiées par Je suis ombre qui reste, à mes yeux, la pépite de l’autrice, il reste néanmoins un bon roman vampirique comme elle sait nous en offrir. Il pêche clairement par la rétrogradation dans le genre Young Adult, c’est un non sens que je ne m’explique pas mais je n’ai pourtant pas boudé mon plaisir de retrouver les protagonistes dans deux premiers romans et j’espère beaucoup de sa suite Rouge Venom. Je recommande ce roman, comme toutes les œuvres de Morgane Caussarieu, mais commencez par Dans les Veines et Je suis ton ombre pour en profiter pleinement.

Ma note finale est donc un 14/20

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Pour aller plus loin…

4e de couv. : Je m’appelle Faruk, et pour subsister, il me faut boire votre sang. Je vivais tranquillement ma non-vie dans les bas-fonds de San Francisco, quand ce type a débarqué pour me confier une mission difficile à refuser. Me voilà sur les bancs de Mission High School, à suivre comme une ombre Barbie, une orpheline aussi intrigante que réfractaire à mes charmes. Et croyez-moi, survivre dans la jungle du lycée, ce n’est pas de tout repos, même pour un vampire. Surtout pour un vampire… Mais d’elle ou de moi, qui sera le plus toxique ? Nouveau roman plein de mordant de Morgane Caussarieu, spécialiste de la littérature vampirique, Rouge Toxic redonne tout son sens au mot frissonner.

Prix Halliennales 2018 


L’ autrice : D’une méticulosité jouissive, l’écriture de Morgane Caussarieu tord le cou aux clichés bit-lit pour mieux revenir à l’essence première du vampire : un être amoral, violent, à l’érotisme déviant. Parce que les gentils vampires, ça n’existe pas… Aussi essayiste et traductrice, cette punkette de 27 ans a obtenu le prix Bob Morane pour le roman Je suis ton ombre, second volet de sa saga aux longues dents, amorcée avec Dans les veines.


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